lundi 10 janvier 2022

220104-Port du Collet-Moutiers-en-Retz et la civelle

1 - Le port de pêche le plus au sud de la Loire-Atlantique est le port du Collet, situé au fond de la Baie de Bourgneuf. C'est un port dit « à la chinoise » où sont pêchés la civelle et le mulet par un nombre de navires relativement restreint. 
 2 - La baie de Bourgneuf regroupe plusieurs ports répartis sur le littoral dans les étiers à la frontière entre marais breton et océan Atlantique. A la fois prisé pour la pêche et la plaisance, sa passerelle, issue d'une ancienne écluse, vous permet de passer de la Vendée à la Loire-Atlantique en surplombant un alignement de pontons très organisés.

3 - A la limite de la Vendée et de la Loire-Atlantique, le Port du Collet séparant au nord la commune de Moutiers-en-Retz et au sud Bouin, est un port ostréicole sur la rivière du Falleron. Avec ses pontons en bois, parfois à deux niveaux et les cabanes de pêcheurs le long du quai ce petit port de pêche et de plaisance situé au milieu des marais ne manque pas de charme.

4 - Il est préférable d'attendre de fortes pluies pour partir à la pêche à la civelle. Avec une eau troublée, elle n'en sera que plus facile à attraper. La pêche en bateau utilise un procédé appelé le drossage : il s'agit de déployer deux grand filets d'un mètre à contre-courant pour filtrer l'eau et retirer un grand nombre de civelles.



5 - Autrefois grand exportateur de sel, le port est aujourd’hui réputé pour son ostréiculture et attire grand nombre de pêcheurs à la ligne qui viennent y appâter anguilles et mulets. Son côté pittoresque ne vous échappera pas, tout comme sa passerelle d’ailleurs, qui symbolise l’emplacement de l’ancienne écluse !

6 - Lorsque les civelles arrivent en Europe, les marées les poussent dans les estuaires, elles sont donc pêchées près des rives, généralement la nuit et par un temps doux. On peut également les attraper depuis un bateau, au large des côtes de l'Atlantique. Cependant, cette pêche est exclusivement réservée aux professionnels, soumis à des contraintes très strictes.



7 - La pêche à la civelle dans le port du Collet où les patrons-pêcheurs connaissent bien leur métier commencé généralement à l’âge de 16 ans. Ils sont six professionnels ayant un droit de pêche des civelles dans ce petit port, niché entre Loire-Atlantique et Vendée. La saison de la pêche à la civelle débute le 1er décembre chaque année. Au terme de son incroyable épopée à travers l'océan Atlantique, la civelle née en Mer des Sargasses arrive sur nos côtes entre la fin du mois d'octobre et le début du mois de mai. La période la plus favorable est le début de l'année, en janvier et février.

8 - C'est le nouvel "ivoire blanc". La civelle, espèce menacée dont la pêche est soumise à des quotas drastiques en France. La civelle est un douloureux sujet qui chaque année nous amène à de multiples débats. Malheureusement sans que l'espèce anguille y trouve son compte. La civelle c'est l'alevin de l'anguille appelé « pibale » en Charentais. C'est ni plus ni moins que le fruit de la reproduction de l'anguille dont les plus gros effectifs arrivent sur nos côtes à la fin de l'automne après un très long périple puisqu'elle est naît au large de la Floride dans la mer des sargasses.



9 - En France nous sommes les rois de la dérogation. Il faut retracer l'historique de cette autorisation qui date aujourd'hui de plusieurs décennies. Il y a plus de cinquante ans les ostréiculteurs ont connu d'importantes mortalités sur les huîtres. Pour compenser ce manque à gagner, l'Etat français les a autorisés à pêcher la civelle et surtout à vendre le produit de cette pêche. Cette dérogation ne devait être que ponctuelle et surtout devait cesser au moment où les huîtres avaient retrouvé la santé. Seulement voilà cette pratique s'est instituée et en 2021 on pêche toujours ces bébés anguille pour les vendre. Ces pêcheurs ne sont donc pas en infraction Jacques puisque cette pratique est autorisée en mer comme en rivière du 15 novembre au 15 avril. Elle est malgré tout très encadrée avec des déclarations de capture obligatoires et surtout des quotas à respecter.


10 - Au tout début aux environs des années 2009, 2010 ce quota était de 75 tonnes dont 40 tonnes rachetées par l'Etat. 5 ou 6 ans plus tard il a été revu à la baisse avec un maximum de 65 tonnes pour cette saison 2020 -2021 il plafonne à 57,5 tonnes. 40 tonnes de civelle sont rachetées par l'Etat à plus ou moins 350 euros le KG. En gros 14 millions d'euros. Accorder un quota de 57 ou 65 tonnes sur une espèce menacée d'extinction ce n'est pas sérieux. Il faut savoir qu'en octobre ou novembre lorsque les civelles arrivent sur nos côtes, elles sont approximativement 4000 / kg. Multipliez 65000 kg par 4000 et vous découvrirez le nombre astronomique que ça représente. Ensuite que l'Etat rachète ces alevins pour repeupler les eaux douces ce n'est pas vraiment rationnel.


11 - Malgré le classement récent de l'anguille en liste rouge de l'UICN, et de nombreux aménagements destinés à faciliter ses migrations, l'espèce est en forte régression. Les populations de l'anguille d'Europe se sont effondrées en une trentaine d'années, au point que l'anguille, qui était l'un des poissons les plus communs jusque dans les années 1970 (alors que la plupart des barrages étaient déjà construits) est devenue une espèce en voie d'extinction et classée vulnérable par l'UICN et l'Union européenne. En France la population a diminué de 75% en 30 ans.

 

Plusieurs causes sont pointées, qui sans doute cumulent leurs effets (avec même de possibles effets synergiques)  :

  • la pêche trop intensive qui dans la seconde moitié du XXe siècle a atteint le stade de la « surpêche » ; aujourd'hui, la mise en œuvre du PGA français, a conduit à réduire la pression exercée par la pêche professionnelle (division par 2 des effectifs en 10 ans), mais pas celle exercée par la pêche amateur de loisir (aucune donnée sur les stades adultes pêchés n'est fournie par ces acteurs pourtant gestionnaires des milieux aquatiques).
  • le braconnage (une civelle sur dix serait pêchée illégalement) ;
  • les importants lâchers d'eau douce suscités par les grands barrages hydroélectriques ;
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  • la pollution chimique car l'anguille est un poisson gras qui accumule de nombreux polluants solubles dans les graisses (pesticides, dioxines, furanes et PCB en particulier). Elle se nourrit volontiers dans les sédiments qui au fil des années ont accumulé des métaux lourds, des pesticides et de nombreux autres polluants. Il est possible que femelles et mâles soient au moment de la reproduction (en mer des Sargasses) victimes des effets de perturbateurs endocriniens qu'ils ont accumulés dans leur organisme quand ils ont grandi dans les eaux douces ;
  • la pollution lumineuse (la civelle est sensible à l'éclairage artificiel) ;
  • la pollution thermique de l'eau (certaines usines, les centrales nucléaires et d'autres centrales thermiques) rejettent des eaux de refroidissement qui sont jusqu'à plus de 10 °C plus chaudes que le milieu naturel où ces eaux sont rejetées. Ces chocs thermiques peuvent affecter la santé des civelles, d'autant que les eaux de centrales thermiques sont en outre chlorées pour tuer les animalcules qui cherchent à s'accrocher aux parois de tuyauteries8 ;
  • l’introduction d’espèces invasives comme le silure en France et dans d'autres pays d'Europe et de parasites ;
  • la diminution des zones humides (en taille, nombre et qualité).

Ce sont autant de facteurs qui concourent à l’extinction de la civelle dans de nombreuses régions d'Europe et d'Amérique.


12 - Au Pays basque, il était traditionnel dans la gastronomie de Biscaye et du Guipuscoa, mais sa popularité a été étendue à d'autres parties du territoire en Espagne. Dans une grande partie de l'Espagne et du sud-ouest de la France, la civelle est considérée comme un mets très fin lorsque légèrement frite et servie en caquelon. Avec un prix de 1 000 euros le kilogramme payé au pêcheur en 2004, la pression halieutique, est très forte sur cette espèce que l'on ne sait toujours pas faire se reproduire en captivité.

Le plat le plus connu sont les civelles à la Bilbaïna servie dans une cazuela en terre cuite avec de l'ail et une variété de piment local fumée. Elle est aussi connue dans la cuisine française dans les secteurs de Nantes, de La Rochelle et Bordeaux.

Les civelles (angula en espagnol et en basque) sont généralement commercialisées cuites. Vivantes elles sont transparentes. On les trouve d'habitude conditionnées sous vide.

















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